PlayStation efface des centaines d'achats numériques sans rembourser, c'est la 4e purge en 4 ans
Quatre suppressions de contenus achetés en quatre ans, et Sony ose affirmer devant un tribunal que personne ne devrait se sentir propriétaire de ses achats numériques. L’historique du constructeur transforme son argument juridique en aveu documenté.
Hier, le 1er septembre, PlayStation a retiré 551 films et séries des bibliothèques de ses utilisateurs britaniques, dont Terminator 2, Apocalypse Now et Rambo. Au même moment, Sony explique devant un tribunal californien qu’« aucun consommateur raisonnable » ne devrait croire posséder quoi que ce soit sur le PS Store, alors que PlayStation abandonne les jeux physiques en janvier 2028.

Crédit image : Sony
2022-2026 : quatre vagues de suppressions documentées
L’ironie du calendrier n’a pas échappé aux utilisateurs : la même semaine où Sony effaçait 551 films et séries Studio Canal des bibliothèques britanniques, sans remboursement, le constructeur lançait un service de TV en direct sur PlayStation. On supprime d’une main, on vend de l’autre.
On the week that Sony PlayStation has ended its digital partnership with Canal+, deleting digital movies purchases…… they follow it up with Live TV 🤦♂️ https://t.co/FJogN5feSg
— (@mbl666uk) date
Mais ce retrait n’a rien d’un incident isolé. C’est le quatrième épisode d’une série entamée il y a quatre ans, dont la fréquence ne cesse de s’accélérer.
- 2022 : plus de 300 films retirés après la fermeture de la boutique vidéo PlayStation
- 2022 : contenus Studio Canal supprimés en Allemagne et en Autriche
- 2023 : tentative de retrait de 1 300 séries Discovery, annulée après la colère des joueurs
- 2026 : 551 films et séries Studio Canal retirés au Royaume-Uni
En 2022, un an après avoir fermé sa boutique vidéo tout en promettant que les achats resteraient accessibles, PlayStation a supprimé plus de 300 films des bibliothèques de ses utilisateurs. La même année, les contenus Studio Canal achetés par les joueurs allemands et autrichiens ont subi le même sort, sans préavis ni compensation.
En décembre 2023, Sony a franchi un nouveau palier en annonçant le retrait de plus de 1 300 séries Discovery. Le tollé a été tel que le constructeur a fait marche arrière, prolongeant la licence d’au moins 30 mois. La preuve que la pression publique peut fonctionner — mais aussi que Sony avait prévu de supprimer ces contenus sans sourciller.
L’argument juridique qui confirme la pratique
Ce que l’on achète vraiment sur le PS Store n’est plus seulement un sujet de forums : aux États-Unis, la question est désormais posée devant un tribunal. Le recours collectif a été déposé en Californie par des utilisateurs du PS Store, et tout part d’un mot : « Acheter ». Depuis 2025, la loi californienne AB 2426 interdit aux boutiques numériques d’utiliser ce terme sans prévenir clairement le consommateur qu’il n’obtient qu’une licence.
Le 21 août dernier, les avocats du constructeur ont déposé leur réponse. Leur argument central tient en une phrase : « À l’ère numérique, il n’est pas plausible d’alléguer que des consommateurs raisonnables croyaient obtenir la propriété d’un jeu numérique. » Autrement dit, selon Sony, vous auriez dû savoir depuis le début que le bouton « Acheter » ne signifiait pas acheter. Sony a d’ailleurs demandé au juge de renvoyer l’affaire en arbitrage individuel, ou de la rejeter purement et simplement. Le timing de cette défense rend l’argument particulièrement indigeste : quelques jours avant le dépôt, Sony avait envoyé un email de 50 pages à ses utilisateurs pour leur rappeler qu’ils ne possèdent rien.
reminder about the PlayStation Terms of Service
by u/ in r/PlayStationSolutions
Cinquante pages, le genre de document que personne ne lit — et c’est précisément le reproche formulé par les plaignants. Ces derniers avaient envoyé deux lettres à Sony demandant une mise en conformité du langage avec la loi californienne AB 2426. Sony n’a jamais répondu. Avec l’historique des quatre vagues de suppressions en toile de fond, la position du constructeur ne relève plus de la théorie juridique : elle décrit une pratique déjà en place.
2028 : la fin du filet de sécurité physique
Jusqu’ici, les épisodes de suppression concernaient exclusivement des films et des séries. Les joueurs pouvaient se rassurer : leurs jeux, eux, restaient à l’abri — surtout en version physique. Mais ce filet de sécurité a une date d’expiration : janvier 2028, quand Sony cessera de produire des disques. Même si le constructeur dispose d’une solution technique pour préserver les disques sur PS6, le virage vers le tout-dématérialisé est acté.
Dans un écosystème entièrement numérique, le modèle juridique que Sony défend devant le tribunal californien ne s’appliquera plus seulement aux catalogues vidéo de Studio Canal ou Discovery. Il couvrira chaque jeu à 80 euros de votre bibliothèque. Les conditions de service sont limpides : « tous les jeux et logiciels mis à disposition pour votre système PS5 vous sont concédés sous licence, et non vendus. » Quatre suppressions en quatre ans sur les films. Combien sur les jeux quand le disque n’existera plus ?



