La pieuvre a 8 bras et autant de raisons d'être la mascotte du steampunk

La pieuvre est au steampunk ce que le dragon est à la fantasy : un monstre iconique. Mais qu'est-ce qu'un poulpe a de si victorien ?
Mis à jour le 6 février 2026

Monstre des abysses, symbole industriel, muse de la littérature victorienne et icône pop avant l’heure : la pieuvre règne en maître sur l’imaginaire steampunk. De Jules Verne à Cthulhu, des chemins de fer tentaculaires aux mascottes vaporistes les plus adorables, ce céphalopode n’a pas volé son statut. Décryptage d’une fascination à huit bras.

Longtemps tapie dans les profondeurs marines, la pieuvre a refait surface au XIXᵉ siècle dans l’imaginaire collectif occidental… au moment précis où la modernité industrielle s’emballait. Hasard biologique ou synchronicité culturelle ? À l’époque victorienne, le monde s’accélère, les machines envahissent les paysages, les réseaux — ferroviaires, commerciaux, impériaux — étendent leurs tentacules sur la planète. La pieuvre devient alors une métaphore puissante : inquiétante, fascinante, résolument moderne. Mais à quel moment — et par quels détours — la pieuvre est-elle devenue la mascotte du steampunk ?

Octopus steampunk

Crédit image : Steampunk Avenue

Avant le steampunk : la pieuvre et l’imaginaire victorien

Bien avant de devenir une icône rétrofuturiste, la pieuvre obsède déjà les esprits au XIXᵉ siècle. À une époque où les abysses restent largement inexplorés, elle cristallise toutes les peurs liées à l’inconnu : un corps mou, tentaculaire, insaisissable, surgissant des profondeurs comme un cauchemar biologique. Les récits scientifiques, souvent approximatifs, se mêlent aux fantasmes populaires, et les illustrateurs n’hésitent pas à en faire une créature démesurée, presque mythologique.

Dans les journaux, les gravures et la littérature d’aventure, la pieuvre devient le visage monstrueux d’un monde que l’homme commence à explorer… sans vraiment le comprendre. Elle incarne une nature encore indomptée, capable de résister à la science et à la machine. Une figure parfaite pour une époque fascinée par le progrès, mais hantée par ses propres limites. Il ne restera alors au steampunk qu’à faire remonter la pieuvre à la surface, pour la faire évoluer des profondeurs océanes aux mécaniques de cuivre et de vapeur.

Comment la pieuvre s’est imposée comme mascotte du steampunk

De la littérature d’aventure aux mythes lovecraftiens, de la révolution industrielle aux mascottes les plus iconiques de la scène vaporiste, la pieuvre s’est imposée par touches successives dans l’imaginaire steampunk. Chaque tentacule raconte une facette différente de cette fascination, entre références culturelles, symbolique industrielle et pur plaisir esthétique. Cette infographie propose un tour d’horizon en huit points pour comprendre comment — et pourquoi — la pieuvre est devenue l’une des figures les plus emblématiques du steampunk :

Octopus steampunk [Infographie]

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Ni simple effet de mode, ni créature choisie au hasard, la pieuvre s’est imposée dans le steampunk par la richesse de ce qu’elle évoque. Héritée des imaginaires victoriens, nourrie par la littérature, la science et les angoisses industrielles, elle incarne à elle seule les tensions fondatrices du mouvement : fascination pour le progrès, peur de l’inconnu et goût assumé pour l’étrange. Créature des abysses devenue icône rétrofuturiste, la pieuvre rappelle que le steampunk ne se contente pas de revisiter le passé — il en explore les zones d’ombre, tentaculaires et profondément modernes.


Sources

1) Il est certain que Vingt mille lieues sous les mers, le roman d’aventures de Jules Verne paru en 1869, a profondément influencé le mouvement Steampunk. Ce classique de la littérature française raconte l’histoire du capitaine Nemo et de son sous-marin très avancé, le Nautilus. Durant son périple, le Nautilus croise la route de plusieurs pieuvres géantes que le capitaine Nemo et son équipage doivent combattre. La fascination du Steampunk pour les pieuvres trouve probablement son origine ici.

2) Cthulhu, le monstre créé par H.P. Lovecraft, fut largement inspiré par les pieuvres. Cthulhu fit sa première apparition en 1928 dans la nouvelle L’appel de Cthulhu, où il est décrit comme une chimère entre une pieuvre et un dragon. Bien que Cthulhu ne puisse pas être catalogué steampunk, il y a eu de nombreux crossovers entre Steampunk et Cthulhu.

3) Avec leur tête ronde et leurs gros yeux étranges, les pieuvres ont toujours l’air de porter un casque avec une paire de goggles steampunk.

4) Au XIXe siècle, l’image de la pieuvre était associée au chemin de fer et à la révolution industrielle, 2 éléments chers au Steampunk. Les compagnies ferroviaires notamment, avec leurs réseaux tentaculaires en pleine expansion, étaient vues comme des monstres tentant de s’emparer des terres des fermiers. C’est la raison pour laquelle, il y a 150 ans, la Southern Pacific Railroad était surnommée the Octopus (la pieuvre) par ses détracteurs.

5) La pieuvre utilise l’eau comme énergie de propulsion, ce qui n’est pas sans rappeler les véhicules à vapeur. Lorsqu’une pieuvre a besoin de piquer une accélération pour capturer une proie ou échapper à un prédateur, elle se remplit d’eau et l’éjecte par un siphon pour se propulser. Ce système locomoteur lui permet d’être le plus rapide des invertébrés marins.

6) Les pieuvres sont adorables et c’est souvent une raison suffisante pour devenir une mascotte.

7) Invention et création sont les maîtres-mots du Steampunk. Or, les pieuvres sont probablement les animaux les plus inventifs qui soient. Par exemple, au large des côtes indonésiennes, elles collectent des noix de coco vides, se glissent dedans et s’en servent d’abris mobiles.

8) En 2012, Brian Kezinger (un artiste qui a travaillé pour Disney pendant 16 ans) a commencé à dessiner 2 personnages steampunk qui sont devenus très populaires: Victoria Prismall et Otto, sa pieuvre domestique. Lorsqu’il a créé Otto, la pieuvre était déjà en vogue dans la communauté vaporiste, mais la popularité d’Otto a certainement contribué à asseoir la position de ce mollusque en tant que mascotte du steampunk.

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Rédactrice en chef
Exploratrice de mondes imaginaires, Iris Montclair arpente les œuvres rétrofuturistes, de science-fiction et de fantasy. Rédactrice en chef sur SteampunkAvenue.com, elle propose analyses, dossiers et actualités dédiés aux séries, animes et récits qui donnent vie à ces univers.