Oubliez ARC Raiders, ce nouvel extraction shooter verse 1 $ par frag… mais chaque mort se paie cher
Gagner sa vie en jouant aux jeux vidéo, le rêve ultime de tout gamer. BR1 Infinite le promet noir sur blanc : 10 $/h et 1 $ par frag. Sauf que la maison gagne toujours, et ce n’est pas un hasard si le studio vient du monde des casinos.
Repéré cette semaine sur les réseaux sociaux, BR1 Infinite est un extraction shooter en bêta fermée qui fonctionne sur un modèle de paris en argent réel. Son créateur, Bravo Ready Studios, est soutenu par KRAFTON et Solana Ventures, et revendique déjà plus de 100 000 $ versés à ses testeurs. Mais entre le seuil de retrait fixé à 25 $, les frais de spawn à chaque mort et un historique d’entreprise pour le moins trouble, la scène des extraction shooters n’avait jamais flirté d’aussi près avec le casino.

Crédit image : BR1 : INFINITE
Le concept : un casino déguisé en extraction shooter
Le principe de BR1 Infinite tient en une phrase. Vous rejoignez un serveur, éliminez des adversaires, extrayez votre butin, et le studio vous verse de l’argent réel. Des serveurs gratuits existent pour s’entraîner, mais pour toucher le moindre centime, il faut basculer sur les serveurs « à risque ». C’est là que la mécanique de casino entre en jeu.
Chaque spawn sur un serveur payant coûte entre 0,25 $ et 5 $ selon le niveau de risque choisi. Si vous mourez, vous repayez pour réapparaître. Un joueur moyen qui enchaîne les morts peut brûler son solde en quelques minutes. Pour générer des gains, il faut maintenir un ratio kills/morts positif, looter des objets de valeur et réussir ses extractions. Le studio promet 10 $/h et 1 $ par élimination — mais ces chiffres ne valent que pour les joueurs les plus performants.
Le piège se referme avec le système de retrait. À l’inscription en bêta fermée, chaque joueur reçoit un bonus de 5 $ : assez pour goûter aux serveurs payants, bien trop peu pour encaisser quoi que ce soit. Le seuil de retrait est fixé à 25 $, ce qui oblige à jouer — et donc à risquer — avant de pouvoir récupérer ses gains. N’importe quel habitué des plateformes de paris en ligne reconnaîtra le stratagème.
Un studio de gambling soutenu par KRAFTON
Bravo Ready Studios ne cache pas ses origines. L’entreprise montréalaise se présente elle-même comme un « studio privé qui développe et investit dans le gaming, le gambling et la tech grand public ». Son catalogue parle de lui-même :
- Clutch Casino, une plateforme de jeux d’argent
- Slabz et Dolly.gg, des projets orientés monétisation
- Honeyland, un jeu mobile lié à la blockchain
- Cambria, un MMO navigateur play-to-earn où les joueurs gagnent des USDC en lootant des artefacts
BR1 Infinite s’inscrit dans cette lignée, mais vise cette fois le genre des extraction shooters, l’un des segments les plus dynamiques du marché. Ce qui interpelle, c’est le soutien financier. KRAFTON, l’éditeur de PUBG, figure parmi les investisseurs aux côtés de Solana Ventures et 6MV. Voir un acteur majeur de l’industrie associer son nom à un projet aussi controversé pose question.
L’historique numérique de l’entreprise intrigue tout autant. Les comptes sociaux de Bravo Ready remontent à 2011, mais ils ont subi pas moins de sept changements de nom, le dernier datant de 2022 — année où le studio a commencé à publier ses jeux. Un passé qu’on dirait volontairement brouillé.
Triche, addiction, légalité : les zones d’ombre qui inquiètent
Dès qu’on injecte de l’argent réel dans un jeu compétitif, la triche devient un problème existentiel. Des mastodontes comme Fortnite ou Call of Duty, avec leurs budgets colossaux et leurs équipes anti-triche dédiées, peinent encore à endiguer wallhacks, aimbots et ESP. Comment un studio indépendant spécialisé dans le gambling pourrait-il faire mieux ? Quand chaque kill rapporte de l’argent, les incitations à la triche organisée deviennent exponentielles.
Au-delà de la triche, c’est la question de l’addiction qui frappe le plus fort. BR1 Infinite emprunte les codes visuels d’un jeu vidéo classique — les joueurs contrôlent des droïdes ou des singes sur des maps rudimentaires — mais son modèle économique fonctionne exactement comme une plateforme de paris. La frontière entre jeu et gambling devient poreuse, et la réglementation actuelle n’est pas équipée pour encadrer ce type de produit hybride.
Malgré toutes ces réserves, l’engouement est réel. Le serveur Discord de BR1 Infinite rassemble déjà près de 40 000 membres, et les demandes d’invitation à la bêta fermée affluent sur X. Les discussions autour des pratiques douteuses du projet circulent pourtant depuis au moins deux ans, sans freiner l’afflux de joueurs tentés par l’appât du gain.
Reste à savoir si ce modèle hybride entre extraction shooter et plateforme de paris survivra au premier vrai scandale de triche ou à l’intervention d’un régulateur. Dans un marché où les extraction shooters cherchent encore leur formule gagnante, BR1 Infinite pourrait autant marquer un tournant qu’un avertissement pour toute l’industrie.



