Ce n'est pas le wokisme qui a tué Bioware… c'est un choix à 18 milliards de dollars

18 milliards de dette, un Mass Effect jugé trop risqué : l'enquête de Jason Schreier
Publié le 31 octobre 2026

Trop woke pour Twitter, trop gay pour BlueSky : les théories sur la mort de BioWare ont fleuri sur les réseaux. Mais selon Jason Schreier, la vraie raison tient en deux mots : Star Wars.

Dans une enquête publiée ce vendredi par Bloomberg, le journaliste révèle qu’EA a fermé BioWare après avoir choisi de financer Star Wars Battlefront 3 plutôt que le prochain Mass Effect. Une décision dictée par 18 milliards de dollars de dette et un besoin vital de revenus prévisibles, alors que Respawn avance sur Star Wars Jedi 3.

Fermeture Bioware Star Wars

Crédit image : Bioware / EA

EA a choisi Star Wars Battlefront 3 plutôt que Mass Effect

Jason Schreier résume la situation avec une formule qui a rapidement fait le tour des réseaux sociaux : « Twitter pense que le studio a échoué parce qu’il était trop woke. BlueSky pense que l’Arabie Saoudite a tué le studio parce qu’il était trop gay. La vraie raison ? Star Wars. »

NEW : Why did EA shut down BioWare ? Twitter thinks the studio failed because it was too woke. BlueSky thinks Saudi Arabia killed the studio for being too gay. The real reason ? Star Wars www.bloomberg.com/news/newslet…

— jasonschreier.bsky.social date

Les dirigeants d’EA se sont retrouvés face à deux projets sci-fi colossaux, chacun estimé à plusieurs centaines de millions de dollars : le prochain Mass Effect, en pré-production depuis 2020, et Star Wars Battlefront 3, dont le développement n’avait même pas démarré. Le choix s’est porté sur la licence Lucasfilm, confiée au duo DICE et Respawn Entertainment. Ironie du calendrier : l’équipe de Mass Effect avait déjà marqué une pause de deux ans pour aider à boucler Dragon Age : The Veilguard, repoussant d’autant un jeu que les développeurs décrivaient comme encore loin d’être achevé. Dans un univers Star Wars où la polémique sur Star Wars Zero Company a récemment secoué la communauté tandis qu’un DLC se précise pour le jeu, EA mise clairement sur la Force plutôt que sur les relais de masse.

18 milliards de dette : la vraie raison derrière la décision

Pour comprendre ce choix, il faut remonter à août 2026 et au rachat d’EA par un fonds d’investissement saoudien. Un LBO colossal de 55 milliards de dollars qui a privatisé l’éditeur, mais l’a aussi lesté de 18 milliards de dette. Schreier l’explique sans détour : « EA a besoin de flux de trésorerie annuels prévisibles pour rembourser sa dette. Un Battlefront 3 qui respecte ses délais a donc plus de valeur qu’un Mass Effect qui sera probablement repoussé plusieurs fois. »

Le mot-clé : la prévisibilité. Un shooter multijoueur adossé à Star Wars coche toutes les cases d’un investissement « sûr » — base de joueurs massive, potentiel de monétisation éprouvé, calendrier de production maîtrisable. Un RPG solo ambitieux signé BioWare représente exactement l’inverse. Comme le résume un utilisateur de Bluesky avec une lucidité glaçante : « L’expression « rembourser les intérêts de sa dette » est tellement sinistre. Pas rembourser la dette — c’est littéralement impossible — mais payer les intérêts perpétuels sur l’argent emprunté contre la propre valeur de l’entreprise. »

BioWare : une série d’échecs qui a scellé son sort

La dette n’explique pas tout. BioWare accumulait les revers depuis près d’une décennie. Mass Effect : Andromeda en 2017, moqué pour ses animations faciales catastrophiques. Anthem en 2019, un désastre live-service débranché peu après sa sortie. Et Dragon Age : The Veilguard en 2024, qui a raté ses objectifs de ventes de 50 % malgré des critiques correctes. Trois jeux, trois échecs, et à chaque fois les mêmes symptômes :

Au moment de la fermeture le 21 octobre, il ne restait que 50 employés dans le studio. Les jeux politiques internes ont aussi pesé : Laura Miele, qui dirigeait les studios EA et défendait activement BioWare et Mass Effect, a été écartée lors d’un remaniement exécutif durant l’été 2026. Ses remplaçants, issus de la branche EA Sports, n’avaient aucune raison de protéger un studio de RPG en difficulté.

Mass Effect n’est pas mort : la série TV continue chez Amazon

Si le jeu est enterré, la franchise respire encore. Une série télévisée Mass Effect est en développement chez Amazon, preuve qu’EA n’entend pas laisser dormir cette licence. L’éditeur a d’ailleurs toujours rechigné à vendre ses propriétés intellectuelles, même celles qu’il n’exploite plus. Côté communauté, les fans refusent de baisser les bras : une pétition circule, un panneau publicitaire à Times Square est en préparation, et un événement est prévu pour le N7 Day en novembre.

EA a racheté BioWare en 2007 pour plus de 800 millions de dollars, porté par la promesse d’un jeu Star Wars — The Old Republic, qui a depuis généré plus d’un milliard de dollars de revenus. Dix-neuf ans plus tard, c’est un autre jeu Star Wars qui signe l’arrêt de mort du studio. La boucle a un goût amer.

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Rédacteur
Fasciné par les univers de fiction et les réalités alternatives, Alexandre Kor nourrit depuis toujours un intérêt marqué pour les œuvres qui rendent ces visions tangibles. Rédacteur spécialisé jeux vidéo sur SteampunkAvenue.com, il s’attache à décrypter les créations interactives nourries par ces imaginaires.