The Elder Scrolls VI : Todd Howard promet un retour aux sources après l'échec de Starfield
Sept ans. Sept ans que cette poignée de secondes de teaser hante les fans d’Elder Scrolls. Hier soir, Todd Howard a enfin brisé le silence pour parler direction créative, nouveau moteur et retour aux fondamentaux.
En 2018, Bethesda dévoilait un teaser minimaliste de The Elder Scrolls 6 — un survol de montagnes et un logo, rien de plus. Depuis, le studio a traversé le lancement chaotique de Fallout 76 et l’accueil mitigé de Starfield. Dans une interview avec Kinda Funny Games diffusée hier, Todd Howard reconnaît ces écarts de trajectoire et confirme que le prochain Elder Scrolls tournera sur Creation Engine 3, dans une période où les grands acteurs du jeu vidéo multiplient les annonces.

Crédit image : Bethesda
Starfield et Fallout 76 : des expérimentations qui ont divisé
Todd Howard ne tourne pas autour du pot. Lors de son échange avec Greg Miller, le directeur créatif de Bethesda a qualifié Fallout 76 et Starfield de « détours créatifs » par rapport à la formule qui a fait la réputation du studio. « À bien des égards, Fallout 76 et Starfield représentent un écart par rapport à ce style classique d’Elder Scrolls et de Fallout, où l’on explore un monde d’une certaine manière », a-t-il reconnu. Un aveu mesuré, mais significatif venant d’un homme rarement enclin à l’autocritique publique.
Fallout 76, lancé en 2018, a essuyé l’une des pires réceptions de l’histoire de Bethesda avec son virage multijoueur mal préparé. Starfield, sorti en 2023, a divisé la communauté malgré des années d’attente : exploration spatiale fragmentée, planètes générées procéduralement jugées creuses, narration en retrait. Ce retour aux sources promis par Howard pour The Elder Scrolls 6 s’inscrit dans un mouvement que d’autres studios empruntent aussi, à l’image de Square Enix qui mise sur la nostalgie pour Final Fantasy 7 Remake Part 3.
Howard le sait et le formule clairement : « Nous revenons à ce style classique qui nous a manqué, que nous connaissons vraiment très bien. » Reste à savoir si cette prise de conscience suffira à convaincre une communauté échaudée.
Creation Engine 3 : l’arme secrète pour retrouver la magie
Au-delà des intentions créatives, Bethesda mise sur un outil technique entièrement repensé. Todd Howard a confirmé que The Elder Scrolls 6 tournerait sur Creation Engine 3, une évolution majeure du moteur qui propulsait Starfield. « Nous avons passé ces dernières années à faire évoluer Creation Engine 2, qui propulse Starfield, vers Creation Engine 3, qui va propulser Elder Scrolls 6 et au-delà », a-t-il détaillé. Le « et au-delà » laisse entendre que ce moteur servira de socle technologique pour les prochaines décennies de production chez Bethesda.
Ce qui frappe dans le discours de Howard, c’est la manière dont il lie technologie et philosophie de game design. Selon lui, Creation Engine 3 doit retrouver cette sensation unique propre aux meilleurs jeux du studio :
- Un monde ouvert cohérent où l’exploration reste organique, sans fragmentation par des écrans de chargement
- Une sensation de découverte permanente, « comme si vous découvriez ce type de jeu pour la toute première fois »
- De l’innovation au service de l’immersion, sans sacrifier la formule éprouvée
« Nous avons un style de jeu que nous aimons énormément, et je pense que les gens l’attendent de nous. Il y a encore beaucoup d’innovation possible », a insisté Howard. Une déclaration qui sonne comme une réponse directe aux critiques adressées à Starfield, dont le moteur Creation Engine 2 avait été pointé du doigt pour ses limitations techniques et son incapacité à offrir une exploration spatiale fluide.
Une sortie qui se fait toujours attendre
Malgré l’enthousiasme perceptible dans les mots de Howard, la question de la date de sortie reste un terrain miné. Le directeur créatif s’est montré volontairement évasif, évoquant un « grand jalon » de développement imminent tout en précisant que le jeu ne serait pas prêt avant « un certain temps encore ». Sept ans après un teaser qui ne montrait rien d’autre qu’un panorama montagneux, les fans doivent encore prendre leur mal en patience — une attente qui rappelle celle entourant GTA 6.
Howard a d’ailleurs lâché cette confidence révélatrice : s’il n’avait tenu qu’à lui, Bethesda n’aurait jamais annoncé le jeu si tôt. Il aurait préféré qu’un beau jour, The Elder Scrolls 6 apparaisse tout simplement, sans années de spéculations et de frustration. L’ironie n’échappera à personne : c’est précisément cette annonce prématurée de 2018 qui a nourri des attentes devenues presque impossibles à satisfaire. Le studio se retrouve prisonnier d’une promesse faite trop tôt, où chaque mois de silence supplémentaire alimente le scepticisme.
« Nous sommes satisfaits de la direction que prend le jeu en ce moment », assure Howard. Une phrase prudente, calibrée, qui ne donne aucun calendrier mais laisse entrevoir une confiance retrouvée en interne. Bethesda joue désormais sa crédibilité sur ce projet. Après les leçons de Starfield et les années de silence, The Elder Scrolls 6 devra prouver que le studio sait encore créer ces mondes dans lesquels des millions de joueurs ont englouti des centaines d’heures — de Morrowind à Skyrim. La question n’est plus de savoir si Bethesda veut revenir aux sources, mais si elle en a encore les moyens.



