Fable 4 aurait du être steampunk : le pitch secret de Peter Molyneux révélé au grand jour
Des engrenages à vapeur, des cheminées d’usine étouffant la magie d’Albion, un héros en quête de gloire dans un monde victorien transformé. Ce Fable 4 n’a jamais existé que sur le papier, mais Peter Molyneux en parle encore avec une émotion palpable.
En 2012, au moment précis où Peter Molyneux quittait Lionhead Studios, un pitch document pour Fable 4 circulait dans les couloirs du studio. Le concept : propulser Albion dans une ère steampunk où la technologie victorienne prenait le pas sur la magie. Cette semaine, alors que le steampunk fait son grand retour dans le jeu vidéo, le créateur de la saga revient sur cette vision avortée et livre sa réaction au reboot de Playground Games.

Crédit image : Microsoft Corporation
Un Fable 4 steampunk était bel et bien en préparation
L’idée ne relevait pas du simple fantasme de game designer. Peter Molyneux l’a confirmé cette semaine : un pitch document pour Fable 4 existait bel et bien chez Lionhead Studios. « Nous avions une proposition pour Fable 4. Et encore une fois, l’idée était d’avancer un peu plus dans le temps, d’aller un peu plus loin », a-t-il expliqué. Le concept s’inscrivait dans la logique narrative qui irriguait la saga depuis ses débuts : chaque épisode représentait une époque différente d’Albion, et la technologie grignotait progressivement la magie.
Dès la conception de Fable premier du nom, l’équipe pensait déjà à la suite. « Quand nous réfléchissions à Fable 1, nous pensions aussi à Fable 2. Nous avions toujours cette idée que l’industrie et la technologie écrasaient la magie », a détaillé Molyneux. Le plan originel donnait le vertige : couvrir 500 ans d’histoire d’Albion, jusqu’à l’époque moderne. Fable 4 aurait constitué une étape cruciale de cette fresque, celle où l’esthétique steampunk séduit à nouveau les joueurs aujourd’hui. Des concept arts avaient même été réalisés, dépeignant un Albion victorien où les cheminées d’usine remplaçaient les tours de sorciers. « Ça aurait été un Fable 4 et ça aurait été fascinant à faire. Se concentrer sur l’idée de devenir célèbre et de devenir un héros, mais dans un monde qui avait changé », résumait le créateur. Voici ce que l’on sait du projet avorté :
- Un pitch document complet, proposé en interne chez Lionhead Studios
- Des concept arts illustrant un Albion « steampunk Victorien »
- Une progression temporelle couvrant potentiellement 500 ans d’histoire
- Un thème central autour de la quête d’héroïsme dans un monde industrialisé
L’ambition était claire : montrer comment un univers fantasy pouvait muter sous l’effet du progrès. Un terrain narratif que peu de RPG avaient exploré à l’époque.
Pourquoi ce Fable 4 n’a jamais vu le jour
Le timing n’aurait pas pu être pire. En 2012, Peter Molyneux quittait Lionhead Studios, poussé vers les hautes sphères de Microsoft Studios avant de claquer définitivement la porte. Le pitch document pour Fable 4 venait tout juste d’être proposé. « C’était précisément au moment où je quittais Lionhead, donc je n’ai pas pu assister à l’exploration complète du projet », a-t-il reconnu. Il n’a jamais eu l’occasion de le défendre en personne.
Le dernier jeu Fable auquel Molyneux avait participé était Fable : The Journey, un spin-off sur rails conçu pour le Kinect, sorti la même année. Cette période marquait une forme de sursaturation de la franchise : entre ce titre et Fable Heroes, un beat-them-up multijoueur également lancé en 2012, la marque s’éparpillait au lieu de se recentrer. Microsoft a ensuite orienté Lionhead vers Fable Legends, un jeu multijoueur asymétrique qui ne correspondait pas à l’ADN de la série. Le studio a fermé ses portes en 2016, emportant le rêve steampunk dans les cartons. Quatorze ans plus tard, ce pitch document reste l’un des « et si » les plus intrigants de l’histoire du RPG occidental.
Les larmes de Molyneux face au reboot de Playground
Quand on lui demande ce qu’il a pensé des premières images de gameplay du Fable de Playground Games, la réponse de Molyneux désarme par sa sincérité : « J’ai pleuré, évidemment. » L’émotion n’est pas feinte. « Ça m’a rendu incroyablement fier que nous ayons créé quelque chose qui perdure et auquel les gens tiennent », a-t-il ajouté. Voir Albion renaître sous les mains d’un autre studio, avec une richesse graphique que Lionhead n’aurait jamais pu atteindre, touche visiblement une corde sensible chez le créateur.
Molyneux n’est pas avare en compliments, mais glisse tout de même une réserve : « Je dirais que ça a l’air un peu antiseptiquement propre — c’est un tout petit point négatif. » Une pique subtile qui en dit long sur sa vision d’Albion : un monde qu’il imaginait plus rugueux, plus organique. Playground Games ne l’a d’ailleurs jamais contacté pendant le développement, ce qu’il dit comprendre parfaitement. « Ils voulaient que ce soit leur propre création. Et ils ont l’air d’être de merveilleux fans. » Le reboot, simplement intitulé Fable, sortira cet automne sur PC, Xbox et PlayStation 5. Et Pendant que Playground s’apprête à réinventer sa saga, Peter Molyneux prépare de son côté Masters of Albion, un god game qui entrera en accès anticipé le 22 avril prochain — et qui pourrait bien être son dernier jeu vidéo.



